« La pédagogie n’est pas un critère déterminant pris en compte dans le décret qualité », constatait Claude Dubon, maitre de conférence honoraire au Cnam lors la journée intitulée «  repenser la pédagogie en formation des adultes », organisée par la revue Education permamente  avec l’Afpa et le Cnam, le 3 novembre dernier. Pourtant, elle est au cœur des activités de formation.

Les adultes n’apprennent pas comme les enfants tout simplement parce qu’ils sont riches d’une expérience de la vie, nourrie notamment par les situations de travail qu’ils ont rencontrées. Par ailleurs, leur rapport à la formation est influencé par leur expérience scolaire, plus ou moins satisfaisante, qui nourrit pendant longtemps, autant dire tout au long de leur vie, leur sentiment d’efficacité à apprendre, un des moteurs de la motivation à se former.
Car finalement, c’est la personne qui apprend, personne ne peut apprendre à sa place, tout au plus peut-on organiser des conditions plus ou moins favorables à ses apprentissages. C’est là que la pédagogie intervient : elle met en place des dispositifs, qui, pour être efficaces, doivent rencontrer les dispositions à apprendre de la personne. De cette rencontre entre dispositifs de formation et dispositions de la personne à se former, se réalisent des apprentissages, formels dans le cas d’actions de formation organisées ou au contraire informels quand les apprentissages sont réalisés de manière incidente.

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En effet, on sait depuis longtemps (Dewey, 1919[1]) voire depuis toujours, que les adultes apprennent surtout en faisant ?
c’est-à-dire à l’occasion de problèmes qu’ils rencontrent et doivent résoudre au plus vite pour réaliser à temps l’action entreprise. C’est donc au détour des nouvelles situations que les adultes apprennent, actualisant et développant ainsi leurs compétences, dont les compétences professionnelles considérées comme déterminantes pour sécuriser leur emploi.

Certaines situations de la vie courante, notamment au travail, se caractérisent comme formatives, donnant lieu parfois à validation des acquis de l’expérience ( VAE). Une action de formation se présente comme une des situations de vie formatives, c’est même sa raison d’exister. Cette action est éventuellement insérée dans un programme (ex : Programme Régional Qualifiant Compétences) ou accessible à un public spécifique via un dispositif spécifique (ex : salariés pour Plan de Formation d’un employeur) , élaboré en réponse à des besoins en formation identifiés, à partir desquels les objectifs de formation sont définis. Au cœur des actions de formation, la pédagogie, que met en place le formateur, par ailleurs chargé souvent d’autres tâches relatives à l’organisation logistique, le financement de l’action, le rendu compte etc…
La pédagogie peut être définie comme la manière de faire, de s’y prendre d’un formateur en vue de faciliter les apprentissages d’autres personnes. Cette manière s’inscrit dans une ou des modalités, qu’elles soient présentielles ( ex : stages, tutorat…) ou de plus en plus souvent distancielles grâce à l’apport du numérique ( ex : e-learning) , ou encore mixtes ( appelées aussi blended learning) lorsqu’elles combinent plusieurs modalités .
L’intérêt d’utiliser telles ou telles modalités devrait s’apprécier uniquement à l’aune de leur adéquation aux dispositions de la personne qui est en train d’apprendre. Autrement dit, et au-delà des effets de mode ( ex : les MOOCs, serious games), elles sont considérées pertinentes si elles facilitent les apprentissages de la personne. La diversité des modalités viennent en appui du pédagogue. Aussi, la pédagogie n’est pas soluble dans le numérique, qui rassemble des outils en appui du pédagogue et non pas en remplacement de ce dernier.

En conclusion, si la pédagogie est aussi peu évoquée quand on parle de formation des adultes c’est qu’elle se situe hors dispositifs, objets d’évaluation. En effet, elle se situe au cœur de la relation humaine, entre apprenants et formateur, dont le rôle est défini comme « jardinier plus que potier » dans la mesure où il ne peut pas imposer mais seulement contribuer à la réalisation d’apprentissages. Ces derniers dépendent de celui/celle qui apprend et de lui/elle seul/e.

Auteur : Françoise Lemaire – source : https://www.linkedin.com/pulse/pourquoi-la-pédagogie-est-elle-absente-des-débats-publics-lemaire?trk=hp-feed-article-title-share

*A paraitre dans FranciLiens sur le site Defi-metiers: http://www.defi-metiers.fr/

[1] Bourgeois, E. 2013. « Expérience et apprentissage. La contribution de John Dewey ». Dans : Albarello et ali. (dir. publ.) Expérience, activité, apprentissage. Paris : PUF, p. 13-38.