La situation de la formation est embarrassante : concurrencés par le Web et les smartphones, les formateurs, la salle de cours, les processus d’apprentissage habituels, perdraient progressivement leur légimité de toujours. C’est sans compter sur leur capacité à aider les salariés et les métiers à se concentrer sur les informations pertinentes et à créer les dispositifs pédagogiques qui permettront d’en extraire des savoirs utiles.

L’apprenant semble pouvoir désormais se passer du formateur. Les sources d’informations et de connaissances s’étant multipliées, le formateur a perdu le statut exclusif de sachant qui en faisait un point de passage quasi obligé de tout projet d’accession au savoir (l’autodidaxie n’est pas si répandue). L’exemple de la salle de classe est parlante : ce n’est pas seulement ce statut que les élèves remettent en cause, c’est aussi la position de pouvoir de l’enseignant (« quelle est sa légitimité, si ce qu’il me raconte peut s’afficher d’un simple clic sur mon écran n’importe où n’importe quand ? »).
Cette crainte avait été ressentie il y a des dizaines d’années avec la généralisation de la télévision, mais vite oubliée finalement devant l’incapacité de celle-ci à concurrencer tout projet pédagogique. Différence avec le web et le smartphone : le consommateur d’avant (passivement installé devant son poste) s’est transformé en « consomm’acteur socialisé » : jouant des possibilités d’interactions offertes par les nouveaux outils, il va chercher ses références et ses modèles du côté de nouveaux leaders qui émergent à flux continu de sa propre communauté, plutôt que dans les situations traditionnellement établies.

Trop d’information tue-t-elle la connaissance ?
On serait tenté de le croire. Car la facilité d’accès à ces multiples sources d’information débouche sur l’infobésité et la dispersion voire la disparition généralisée de la faculté d’attention : à force de vouloir être attentif à tout, de diffracter son attention dans une succession infinie d’écrans instantanés, on ne l’est plus assez pour transformer l’information en connaissance et a fortiori en compétence.

2 défis en 1 pour les responsables de formation…
Premier défi du responsable de formation : aider les collaborateurs et métiers de l’entreprise à sélectionner, parmi toutes ces informations, celles qui sont les plus pertinentes. Sa façon de lutter contre l’infobésité de l’entreprise et de ses salariés.Point n’est besoin de chiffrer cet enjeu (mais il n’est impossible de le faire) pour savoir qu’il est considérable.
Par le résultat que le responsable de formation peut ainsi obtenir et grâce à l’exemplarité de son action, il réussit à faire entrer un peu de moyen terme, de recul, d’épaisseur dans un quotidien dont le sens échappe souvent.
Le deuxième défi, c’est de faciliter la transformation des informations utiles en connaissance, compétences, performance. Transformation d’une matière première, l’information, pas toujours exploitable en l’état par les collaborateurs, en des dispositifs qui leur offrent au contraire un accès rapide et efficient au savoir.

Le responsable de formation est ici pleinement légitime : extraire le principe actif de l’information, scénariser les modalités et les assemblages pédagogiques, s’assurer de leur adéquation aux buts visés comme aux règles de l’art en matière d’andragogie sans perdre de vue qu’il peut se faire un allié du numérique !

Choisir les bonnes informations ; disposer d’une stratégie pour transformer ces informations en performance, avec l’adhésion des apprenants… Ces deux défis n’en constitue qu’un : il s’agit pour le responsable de formation d’aider le salarié à donner plus d’attention à ce qui va créer de la valeur.

Auteur : Michel DIAZ
Source : elearning letter