Aujourd’hui, quand nous nous trouvons face à une question, l’un de nos premiers réflexes est d’aller chercher la réponse sur internet : Wikipedia, Commentcamarche ou encore Marmiton. On trouve quantité d’informations en quelques clics, dont un nombre croissant de tutos vidéo de quelques minutes, proposant des conseils pratiques pour tout et dans tous les domaines.

Aujourd’hui, la création et la diffusion de vidéos sont à la portée de tous, notamment via l’utilisation des smartphones. On estime ainsi à 300 heures le volume de vidéos ajoutées par minute à YouTube.

Le secteur de la formation ne fait pas exception à cette tendance. Ainsi, l’explosion des MOOC et autres parcours de formation 100 % en ligne – qui s’appuient largement sur la vidéo -, témoigne bien de l’engouement autour de ce média. La vidéo comme ressource pédagogique répond en effet à la demande d’une population pressée qui se détourne des cours « classiques » et souhaite une nouvelle expérience de formation notamment en usage mobile « ATAWAD » (Anytime, Anywhere, Any Device).

Cependant, cette même population pressée se heurte à un nouvel écueil : avec l’abondance de sites et de vidéos disponibles, comment savoir si la vidéo que je regarde est la bonne, voire la meilleure ? Comment et où chercher un contenu qualitatif qui m’aide à me développer au-delà d’un usage instantané ? Il est donc légitime de se demander si cette « youtubisation » omniprésente de la formation doit réellement être considérée comme un atout pour les entreprises et les salariés.

Vidéo « Just in Time » pour l’apprenant pressé

Avant toute chose, il me semble essentiel de rappeler la dichotomie entre formation et information. Je suis face à une question ou un problème et je veux une information, une réponse. Je me tourne tout naturellement vers internet pour la trouver immédiatement. Le format de tuto vidéo (type « How to… ») est alors idéal pour m’informer sur un mode d’emploi, le rappel de compétences techniques, le fonctionnement d’une app ou la marche à suivre pour faire une béchamel, car il permet une mise en pratique « en live ». 
Mais une fois que j’ai suivi la recette et que j’ai ma béchamel, suis-je certain de pouvoir la reproduire sans consulter la vidéo, 15 jours après ? 

Programme interactif et engageant visant l’ancrage de compétences

En effet, l’acquisition d’une compétence sur le long terme est plus complexe. Et cette complexité est encore décuplée lorsqu’il s’agit d’acquérir une compétence comportementale, dans le domaine du management ou leadership par exemple. Le format vidéo seul est alors insuffisant selon moi, car lorsque l’on vise une acquisition de compétences et donc un changement comportemental, on ne peut se contenter d’une consommation passive de type « sit and listen ». N’oublions pas qu’une formation optimale se fonde sur le questionnement, la diversité de l’expérience, et sur l’apprentissage actif.

Or le format vidéo seul n’engage pas une mise en pratique des compétences complexes, mais se contente dans le meilleur des cas (c’est-à-dire lorsque le learner ne « zappe » pas ou n’engage pas une autre activité en parallèle) d’expliquer ou d’inspirer. À cet égard, les vidéos TED sont emblématiques : bien qu’inspirantes et de très bonne qualité, elles ne suffisent pas à transformer un comportement donné sur le long terme. Après le visionnage, nous ne savons pas réellement comment appliquer les idées qui sont exposées et nous passons à autre chose.

Ainsi, pour transformer les comportements et préparer les individus à faire face aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, un programme de formation doit intégrer des objectifs clairs et répondre à des problèmes explicites. Tout parcours de formation doit se fonder sur une progression pédagogique qui vise à faire réfléchir les apprenants sur les problématiques de façon contextualisée, en prise directe avec leur expérience. Ce parcours pourra certes s’appuyer sur une ou plusieurs vidéos, mais doit également inclure d’autres éléments pédagogiques réunis en un parcours de formation structuré afin de créer du sens et aboutir sur un changement de comportement. Il sera ainsi à même de guider les apprenants dans une réflexion incluant expérimentation et mise en pratique ancrée dans leur quotidien. Sans cet ancrage comportemental contextualisé, nous retrouvons la dichotomie entre information et formation.

Si la « YouTubisation » rejette consciemment et explicitement cette notion de cheminement, de progression, le format vidéo n’est pas à rejeter, bien au contraire ! Seulement, la valeur de ce format pédagogique dans le cadre de la formation sera bien décuplée – pour l’apprenant comme pour l’entreprise- si la vidéo est intégrée à un parcours construit, si elle est maniée comme un outil parmi beaucoup d’autres plutôt que comme un tout autosuffisant.

Repéré sur ://www.lesechos.fr
Auteur : Jason Hathaway / Director, Content & Learning Solutions, CrossKnowledge