L’arrivée de la crise économique a imposé aux entreprises de se réinventer. Et les domaines de la gestion interne et du management n’échappent pas à la règle. Aujourd’hui, pour casser les codes, il faut aussi faire de sa boîte un lieu où les choses se passent différemment qu’ailleurs pour les employés.

Henry Mintzberg, économiste et professeur de gestion à l’université McGill de Montréal, a tenté de déceler le véritable problème qu’a apporté la crise financière de 2008. Selon lui, l’art du management n’est pas suffisamment lié à la réalité du monde du travail et du business, car il est trop focalisé sur l’augmentation des revenus à court terme. Difficile de lui donner tort, d’autant qu’on observe à quel point les entreprises de toutes tailles s’attachent depuis une demi-douzaine d’années à réinventer leurs codes du management et de la gestion interne. Mais comment apporter une valeur supplémentaire à son entreprise face à celles qui se cantonnent aux carcans traditionnels ?

Favoriser la créativité et l’émergence des talents
Pour amener progressivement un renouveau du management dans son entreprise, mieux vaut y aller pas à pas. Et commencer par agir sur l’environnement des collaborateurs apparaît comme une bonne idée. Avant tout, il s’agit de bien les aiguiller afin de favoriser leur créativité, ainsi que l’émergence des idées et des talents. Un conseil certes simple, mais diaboliquement efficace à appliquer dans votre boîte. En pratique, pas besoin de passer par quatre chemins pour y parvenir. En créant un climat positif et en instaurant par exemple des rituels un peu décalés, vous pourrez efficacement sortir du cadre traditionnel et dans le même temps rassurer vos collaborateurs. Un cocktail gagnant ! En tant que manager, il vous suffira de retenir quelques conseils pour être original : la nécessité d’évacuer ses préjugés, de sortir soi-même du cadre (en délocalisant les réunions à l’extérieur, dans un bar ou dans un parc par exemple), de prévoir des espaces dédiés à la créativité (comme peut le faire Google dans ses locaux) ou encore de proposer aux salariés des tickets d’entrée pour les événements culturels, afin de les pousser à s’ouvrir à d’autres univers. Favoriser la créativité de ses collaborateurs passe donc par des initiatives variées et originales, à l’instar de celle de Stefan Sagmeister, dirigeant d’une agence de design spécialisée dans le monde de la musique, qui a mis en place la fermeture de son entreprise tous les sept ans… pendant toute une année ! Depuis 2011, il a même décidé de fermer chaque année trois mois afin de se ressourcer. Culotté !

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Solliciter des tiers
Faire appel à des clients, prestataires ou personnes extérieures à un service pour qu’ils participent à des réunions peut être d’un grand bénéfice : ces personnes qui n’auraient a priori rien à voir avec le thème de la réunion pourraient au contraire vous apporter des informations cruciales ou faire émerger des idées révolutionnaires pour votre boîte ! Pensez-y. De même, solliciter régulièrement ses collaborateurs afin qu’ils s’expriment sur les « plus » et les « moins » du fonctionnement de l’entreprise peut vous apporter un éclairage précieux pour l’avenir de votre société. Bien sûr, il faut accepter que tout collaborateur ait donc son mot à dire, et que la parole d’un dirigeant n’est pas plus ou moins importante que celle d’un salarié !

Aplanir la hiérarchie
Parmi les nombreux conseils qui incitent les entrepreneurs à casser les codes du management, nous notons un objectif commun : l’aplanissement de la traditionnelle hiérarchie. À titre d’exemple, le groupe LaSer, groupe européen de services spécialisé en gestion de la relation et valorisation de portefeuilles client, a voulu lisser les « castes » au sein de l’entreprise. Concrètement, la société a mené des enquêtes sur le climat social en son sein. Chaque collaborateur a pu s’exprimer pleinement sur les problèmes rencontrés. Puis, des groupes de travail ont été constitués pour réfléchir au socle commun qui fonde l’entreprise : raison d’être, utilité sociale, valeurs à défendre… Charge ensuite aux managers de véhiculer ces principes et de l’appliquer au quotidien dans leur travail ! Du côté de Valve Corp, société conceptrice de jeux vidéo, il n’existe en revanche aucune hiérarchie depuis la création de l’entreprise en 1996 ! Une organisation hors du commun qui repose sur le fait que les salariés participent aux recrutements et qu’ils décident eux-mêmes des projets sur lesquels ils vont travailler.

Fidéliser ses collaborateurs
Réinventer les codes du management est un processus qui doit se recentrer sur le collaborateur, plus que sur le business pur. Ce qui implique, nous sommes d’accord, un changement dans les mentalités, même si de plus en plus de patrons s’attachent à mettre en place des actions en ce sens. Selon une étude menée dans 11 pays en 2011 par BPI Group avec l’institut BVA, seuls 19 % des salariés de l’hexagone affichent une très bonne opinion de leur manager. Or, 75 % des sondés reconnaissent que leur manager possède un impact « significatif ou très significatif » sur leur attachement à l’entreprise ! Alors pour fidéliser ses collaborateurs, comment faire ? Certains entrepreneurs regorgent d’imagination. Philippe Laval, fondateur de la start-up française Kwaga, a proposé des congés payés illimités à ses salariés, du moment qu’ils atteignent leurs objectifs et qu’ils préviennent les autres membres de leur équipe ! Ce système, déjà mis en place dans certaines entreprises telles que Virgin, EverNote ou Netflix, semble très bien fonctionner. Mais au-delà du management, l’entreprise doit fluidifier ses processus en interne pour permettre l’évolution et la créativité de ses collaborateurs.

Fluidifier les processus internes
Les outils technologiques permettent aujourd’hui, au-delà du management, d’améliorer l’ensemble de la gestion d‘entreprise, et donc d’optimiser les ressources et fluidifier les processus en interne. C’est le cas notamment en ce qui concerne la gestion des e-mails, qui reste encore un problème pour bon nombre d’entrepreneurs. Comment les gérer ? Comment ne pas être spammé ou éviter de crouler sous leurs poids ?… Autant de questions auxquelles certaines entreprises ont apporté des réponses concrètes. Ainsi, Thierry Breton, PDG de la célèbre compagnie Atos, avait défrayé la chronique en 2011 en annonçant vouloir interdire l’usage du courriel en interne dans son entreprise d’ici à 2014. Un « objectif zéro e-mail » qui n’a néanmoins pas été atteint trois ans plus tard, même si le rachat du réseau social d’entreprise BlueKiwi a considérablement facilité la fluidité des échanges en interne. « Nous souhaitions mieux communiquer, de façon plus efficace et plus collaborative. Le zéro e-mail, c’est un concept managérial de transformation de notre entreprise », avait alors assuré le secrétaire général du groupe, Philippe Mareine.

Sortir du cadre de l’espace « physique » de travail
Dernier aspect, mais non des moindres : l’espace physique de travail a-t-il toujours un avenir ? À l’aube de 2015, où Internet et les communications unifiées ont le vent en poupe, il semble qu’il n’existe plus d’espace de travail traditionnel. La mobilité professionnelle est un atout à saisir pour les managers, plutôt qu’un inconvénient. À condition qu’elle soit bien maîtrisée, elle permet à l’entreprise d’offrir à ses collaborateurs de pouvoir travailler de n’importe où, de chez lui, du bureau et de son lieu de déplacement, avec un accès permanent aux ressources de l’entreprise (tableurs de connaissance du client, reporting, contrats, factures…) en temps réel et sur n’importe quel équipement (tablette, smartphone, etc.). Le tout aura un impact positif sur les salariés qui perçoivent en retour leur entreprise sous un meilleur jour, et qui s’épanouissent et réussissent plus largement. Flexibilité accrue, image innovante, gain de temps et de productivité : c’est bien l’essence même du cassage de codes dans le domaine du management, et c’est une plus-value pour l’entreprise. Qu’on se le dise.

Source : http://www.dynamique-mag.com/article/gestion-interne-management-importance-sortir-cadre.6449