Les chiffres sont impressionnants, voire un brin effrayants. Les cadres passent en moyenne plus de cinq heures par jour à consulter leur messagerie. Un salarié reçoit chaque jour en moyenne 88 courriels et en envoie 34, si l’on en croit une étude du cabinet Radicati. 43 % des salariés français sont interrompus au moins toutes les dix minutes par un mail et 31 % jugent que ces messages les distraient dans leur travail, d’après le centre de formation pour l’accompagnement des cadres fondé par le syndicat CFDT (Crefac).

Le smartphone, maintenant : un utilisateur le consulte environ 150 fois par jour et 74 % des cadres reconnaissent lire leurs courriels professionnels en dehors des heures de travail. Résultat : moins d’un quart des cols blancs (23 %) parviennent à se déconnecter durant leurs vacances, selon un sondage de l’association Apec. Et plus de la moitié des salariés jugent que leur emploi a un impact sur leur vie privée, alors qu’ils n’étaient qu’un tiers à faire le même constat il y a 10 ans.

Cette addiction n’est pas sans conséquence. 12 % de la population active française seraient en risque élevé de burn-out, juge le cabinet d’expertise Technologia. La dépression majeure deviendra en 2020 la deuxième cause d’invalidité chez l’humain, juste derrière les maladies cardiovasculaires, si l’on en croit l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Quatre cents millions de personnes souffrent aujourd’hui de troubles mentaux et neurologiques ou de problèmes psychosociaux. Et un million de ces malades mettent fin à leur jour chaque année. Si des soucis personnels ou familiaux sont souvent la cause de graves dépressions, de plus en plus de dirigeants et de salariés « craquent » sur leur lieu de travail.
Sevrage
Au vu de cette montagne de données, on se dit qu’il est primordial de se « déconnecter » au moins durant ses congés. Las ! comment éviter de lire ses courriels sans se retrouver avec une boîte pleine à craquer à son retour au travail.

Jean-François Darmagnac, du cabinet de chasseur de têtes Mindfield Search, a longtemps réfléchi à ce problème :

« Il est tout d’abord nécessaire de préparer en amont son départ en vacances, explique cet expert. Vous devez dans un premier temps purger un maximum de dossiers que vous avez en suspens. Certaines questions laissées sans réponse peuvent devenir des urgences au fil du temps et vous devrez les gérer pendant vos congés si vous ne faites rien avant de partir.
Avant de quitter votre bureau, vous devez aussi laisser un message sur votre boîte mail qui précise vos dates de congé.
Demandez également à votre assistante, si vous en avez une, de répondre à vos courriels durant vos vacances. Ces solutions toutes simples réduiront énormément le nombre de messages que vous recevrez chaque jour. »

Des cadres tentent de limiter leur « dépendance » à la Toile en se fixant des règles très strictes pendant la période estivale. « Certains se forcent à ne regarder que trente minutes par jour leurs mails à des heures fixes en fin de journée ou le matin, note Jean-François Darmagnac. D’autres vont encore plus loin en utilisant l’option sur leur portable qui leur permet de recevoir uniquement des messages provenant de la liste de contacts favoris qu’ils ont eux-mêmes définis. Je connais aussi des cadres qui s’achètent un second smartphone pour les vacances et qui laissent leur téléphone professionnel à la maison.

Couper le cordon avec Internet peut sembler un brin radical, mais un nombre croissant d’experts recommande ces périodes de sevrage virtuel. »

Si vous rentrez avec les batteries pleines, parcourir les 1 000 mails qui vous attendent ne vous semblera pas un défi important.
« La première semaine sans courriels peut sembler difficile, mais vous vous y ferez très rapidement, conseille le cofondateur de Mindfield Search. Il est important d’apprendre à ne plus consulter constamment son portable. Regardez l’herbe pousser, faites la sieste sous un arbre, partez dans une promenade en montagne sans but précis, redécouvrez les vertus de la lenteur et le bonheur de cueillir des framboises en famille. Il est indispensable de décrocher. Prendre du recul, c’est prendre de l’avance. »
Quant à l’angoisse de retrouver au bureau une boîte chargée de centaines de courriels, balayez-la d’un revers de la main. « Si vous rentrez avec les batteries pleines, parcourir les 1 000 mails qui vous attendent ne vous semblera pas un défi important, conclut Jean-François Darmagnac. Par contre, si vous n’êtes pas parvenu à retrouver des forces pendant vos vacances, la moindre surcharge de travail vous paraîtra insurmontable. » À bon entendeur…

Source : http://www.lepoint.fr
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