Les postes de « chief happiness officer » (CHO), ou « responsable du bonheur en entreprise », se multiplient en France, notamment dans le numérique pour « attirer et retenir les talents », une fonction qui doit cependant éviter le piège du gadget.


A Lille, chez Ineat, spécialiste de la transformation digitale, des ballons de fitness traînent dans l’open-space, non loin d’une table de ping-pong et de jeux de société. Moyenne d’âge des quelque 200 salariés: 28 ans.

« Nous sommes dans un secteur qui débauche beaucoup, les ingénieurs sont très convoités, alors, l’un des enjeux de la société est de fidéliser les collaborateurs », explique Alizée Tiberghien, « chargée du bonheur » chez Ineat.

Cours de guitare et de yoga, tournois de baby-foot, livraison de paniers de fruits, ou … simple changement de la machine à café défaillante, « je fais en sorte que les salariés se sentent chez eux et dans une émulation permanente », relate la jeune femme, diplômée de l’Efap (École française d’attachés de presse).

Résultat: « Presque aucune démission et côté recrutement, beaucoup de cooptation, preuve que les salariés se sentent bien », se réjouit Yves Delnatte, associé.

« La démarche n’est pas uniquement humaniste, l’objectif est aussi de rendre nos équipes les plus efficaces possible et de leur apporter une qualité de vie pour attirer et retenir des talents », admet Florent Voisin, CHO chez le spécialiste du cloud OVH et psychologue du travail de formation.
Ainsi, il « tente de faciliter l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle des salariés », en créant, par exemple, pour les 800 salariés du siège de Roubaix, une conciergerie, un centre de loisirs pour enfants ou une salle de sport avec coach.

« Bien-être psychologique »
Pour Marianne Mathon, 49 ans, responsable de la « happy culture » chez Kiabi, si le « bien-être des salariés » passe « aussi » par des actions ponctuelles qui « enchantent le quotidien », comme la venue d’un masseur en magasin pour la rentrée, il vise avant tout le « bien-être psychologique » des salariés. « On développe par exemple des ateliers de communication non violente pour aider les personnes à communiquer entre elles de façon constructive, avec bienveillance et exigence », relate-t-elle.

Le métier de CHO, né dans la Silicon Valley, est revendiqué par quelque 150 personnes sur le réseau professionnel LinkedIn en France. Il « répond à des attentes de plus en plus pressantes des collaborateurs.

Il y a quelques années, on ne se disait pas : il faut que je m’éclate dans mon boulot, que je m’y épanouisse aujourd’hui c’est quasiment une exigence, en particulier des jeunes générations », analyse Amélie Motte de la « Fabrique Spinoza », le think tank du bonheur citoyen.

« Le métier est récent. Sur notre site, la première recherche date de juin 2015, mais le bien-être au travail est un mouvement de fond, notamment du fait de la guerre des talents. Les CHO constituent seulement la partie visible de l’iceberg », note Cédric Gérard, directeur marketing du site de recrutement en ligne Monster.

« Quand un collaborateur est heureux et épanoui, il est plus fidèle, plus engagé, en meilleure santé, plus coopératif, plus créatif », affirme encore Mme Motte, qui assure des formations de trois jours aux aspirants CHO « en attendant la création d’une formation initiale ».

Pour les entreprises, c’est aussi un atout « marketing », critique Danièle Linhart, sociologue du travail: cela « valorise leur image de marque en montrant leur capacité à gérer la gestion de la souffrance au travail ». C’est également un moyen de « désamorcer la critique »: « en disant, +le management moderne est bienveillant+, les salariés n’ont plus de légitimité à critiquer, à se plaindre ».

« Si un CHO installe un baby-foot mais que le management est mauvais, ça ne fonctionnera pas, le rôle du CHO n’est pas de nier les difficultés, mais de savoir comment les traiter », avertit encore Mme Motte.

Source : http://www.rtl.be